Hier un collègue m'a dit que je ne faisais pas mon travail de professeur principal.
9 heures et quelques : je reçois un message de J. sur Pronote (c'est l'outil de communication interne de notre établissement). Il m'explique que l'un de mes élèves en inclusion partielle, D. n'apparaît toujours pas sur ses listes d'appel et qu'il est en difficulté pour gérer ses absences. Je suis en cours, je lui réponds rapidement que je ne sais pas pourquoi il galère et qu'il doit s'adresser au principal adjoint, c'est lui qui gère le logiciel d'appel.
Pause clope à 10h : J.arrive, il m'annonce qu'il m'a envoyé un message de réponse et que ça ne va pas me plaire. Pour lui, c'est à moi d'avertir l'adjoint, c'est mon rôle de professeur principal. J'essaie de lui expliquer que non, le ton monte. Il finit par lâcher qu'avec mes 24 élèves j'ai largement de quoi m'occuper de ce genre de détail (lui en a une centaine), on ne se comprend pas et nous repartons tous les deux contrariés en classe.
Théoriquement J. a raison, ce genre de problèmes peut être délégué au PP, sauf que...
Depuis le passage en dispositif, je ne suis plus PP (je n'en ai plus ni les missions ni la rétribution) : c'est le principe, les autres enseignants ont l'obligation de gérer les allophones dans leurs classes. Après des années de prise en charge complète des allophones, dans une classe qui fonctionnait un peu en circuit fermé, à côté des autres enseignements et avec peu de passerelles, l'arrivée du dispositif a changé la donne : le professeur de français n'est plus qu'un enseignant comme les autres, et la responsabilité devient collective. Bien sûr, dans les faits, dans la réalité d'un quotidien de collège, ça ne se passe pas tout à fait comme ça : je continue à aller aux quatre conseils de classe (de la 6ème à la 3ème) et j'y tiens le rôle de PP, je fais aussi un conseil bilan avec la direction et les PP des quatre classes concernées par les allophones. Et puis la délégation des responsabilités se fait progressivement, mais j'ai appris aussi à lâcher sur certains trucs et notamment sur ce dont me parle J.
C'est compliqué : mes missions ne sont pas clairement définies, l'enseignant UPE2A fait un peu sa propre "cuisine" et chacun(e) fait ses choix, dans la plus grande opacité.
Ces choix dépendent à la fois du bon vouloir de l'enseignant, de sa disponibilité et de son engagement mais aussi de ceux de ses collègues (la réponse faite à J. est la même faite aux autres collègues sans que cela n'ait jamais posé problème).
Cet épisode et l'immense sentiment de frustration qu'il génère de part et d'autre est symptomatique des difficultés rencontrées depuis le passage en dispositif :
- les collègues de français sur le dispositif gèrent une hétérogénéité de dingue. Des élèves de 10 à 16 ans, de tous les pays du monde, de toutes les langues possibles et imaginables, avec des niveaux en français différents et des scolarisations dans leurs pays d'origine aussi diverses que variées. Ils voient leurs heures d'enseignement réduites depuis des années avec des difficultés croissantes (notamment l'arrivée de nombreux A0 et des NSA). Avec le passage en dispositif les effectifs peuvent monter à 35 élèves, sachant qu'il est entendu qu'on fonctionne bien jusqu'à 15 allophones...
- les collègues des autres matières voient arriver ces élèves qui n'ont pas le niveau de langue pour être autonome dans leur classe, tout au long de l'année, et n'ont pas été formés pour ça. C'est une grande angoisse pour eux et comme ils ne peuvent pas leur en vouloir, ils s'en prennent parfois à l'enseignant qui leur envoie.
Clairement, mes relations avec mes collègues se sont dégradées depuis quelques années et je le vis très mal car j'ai vraiment la sensation de faire tout mon possible pour "sauver les meubles". Immense sentiment d'être "empêchée" !
9 heures et quelques : je reçois un message de J. sur Pronote (c'est l'outil de communication interne de notre établissement). Il m'explique que l'un de mes élèves en inclusion partielle, D. n'apparaît toujours pas sur ses listes d'appel et qu'il est en difficulté pour gérer ses absences. Je suis en cours, je lui réponds rapidement que je ne sais pas pourquoi il galère et qu'il doit s'adresser au principal adjoint, c'est lui qui gère le logiciel d'appel.
Pause clope à 10h : J.arrive, il m'annonce qu'il m'a envoyé un message de réponse et que ça ne va pas me plaire. Pour lui, c'est à moi d'avertir l'adjoint, c'est mon rôle de professeur principal. J'essaie de lui expliquer que non, le ton monte. Il finit par lâcher qu'avec mes 24 élèves j'ai largement de quoi m'occuper de ce genre de détail (lui en a une centaine), on ne se comprend pas et nous repartons tous les deux contrariés en classe.
Théoriquement J. a raison, ce genre de problèmes peut être délégué au PP, sauf que...
Depuis le passage en dispositif, je ne suis plus PP (je n'en ai plus ni les missions ni la rétribution) : c'est le principe, les autres enseignants ont l'obligation de gérer les allophones dans leurs classes. Après des années de prise en charge complète des allophones, dans une classe qui fonctionnait un peu en circuit fermé, à côté des autres enseignements et avec peu de passerelles, l'arrivée du dispositif a changé la donne : le professeur de français n'est plus qu'un enseignant comme les autres, et la responsabilité devient collective. Bien sûr, dans les faits, dans la réalité d'un quotidien de collège, ça ne se passe pas tout à fait comme ça : je continue à aller aux quatre conseils de classe (de la 6ème à la 3ème) et j'y tiens le rôle de PP, je fais aussi un conseil bilan avec la direction et les PP des quatre classes concernées par les allophones. Et puis la délégation des responsabilités se fait progressivement, mais j'ai appris aussi à lâcher sur certains trucs et notamment sur ce dont me parle J.
C'est compliqué : mes missions ne sont pas clairement définies, l'enseignant UPE2A fait un peu sa propre "cuisine" et chacun(e) fait ses choix, dans la plus grande opacité.
Ces choix dépendent à la fois du bon vouloir de l'enseignant, de sa disponibilité et de son engagement mais aussi de ceux de ses collègues (la réponse faite à J. est la même faite aux autres collègues sans que cela n'ait jamais posé problème).
Cet épisode et l'immense sentiment de frustration qu'il génère de part et d'autre est symptomatique des difficultés rencontrées depuis le passage en dispositif :
- les collègues de français sur le dispositif gèrent une hétérogénéité de dingue. Des élèves de 10 à 16 ans, de tous les pays du monde, de toutes les langues possibles et imaginables, avec des niveaux en français différents et des scolarisations dans leurs pays d'origine aussi diverses que variées. Ils voient leurs heures d'enseignement réduites depuis des années avec des difficultés croissantes (notamment l'arrivée de nombreux A0 et des NSA). Avec le passage en dispositif les effectifs peuvent monter à 35 élèves, sachant qu'il est entendu qu'on fonctionne bien jusqu'à 15 allophones...
- les collègues des autres matières voient arriver ces élèves qui n'ont pas le niveau de langue pour être autonome dans leur classe, tout au long de l'année, et n'ont pas été formés pour ça. C'est une grande angoisse pour eux et comme ils ne peuvent pas leur en vouloir, ils s'en prennent parfois à l'enseignant qui leur envoie.
Clairement, mes relations avec mes collègues se sont dégradées depuis quelques années et je le vis très mal car j'ai vraiment la sensation de faire tout mon possible pour "sauver les meubles". Immense sentiment d'être "empêchée" !
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