Ceci est mon corps

Le rapport au corps quand on est enseignant, c'est un point crucial.
Et pourtant, jamais on ne parle de nos corps. D'ailleurs, contrairement aux salariés du privé, nous n'avons pas de visite médicale.
Quand j'ai commencé, c'est ma voix qu'il m'a fallu apprendre à gérer : la ménager, la poser, la placer correctement. Pendant ma formation, on m'en avait parlé mais c'est vraiment lorsque je me suis retrouvée en face de mes élèves que j'ai compris l'importance de prendre conscience de cette voix : elle serait mon instrument de travail et je devais apprendre à le maîtriser.
Ensuite, après quelques années, j'ai commencé à avoir des "problèmes de dos" : les tensions de mon métier se portaient sur mes cervicales et provoquaient des douleurs importantes. C'est à cette époque et alors que je n'étais pas du tout sportive jusque là, que j'ai commencé à aller à la piscine régulièrement : les longueurs en brasse ou en crawl m'ont longtemps aidée à évacuer mon stress.
Puis, en prenant de l'âge, cela n'a plus suffit : j'ai commencé alors des séances de kiné, une fois par semaine.
Cette routine, je l'ai mise en place toute seule, de mon propre fait, n'ayant, je le rappelle, et comme tous mes collègues, aucun suivi médical d'entreprise.
Et puis j'ai explosé en vol lorsque j'ai fait un burn out (c'était au moment du passage en dispositif) : cela a commencé par une colopathie (maladie du colon liée au stress) et un jour je n'ai plus pu aller travailler, ni faire quoi que ce soit d'ailleurs.
Là encore, je me suis "gérée" comme je disais à l'époque : je suis allée voir un sophrologue, il m'a aidée à apaiser les douleurs liées à la colopathie par la respiration ventrale et à réfléchir à mon rapport à ma profession (concrètement, empêchée dans mon travail, je me suis recentrée sur le cœur de mon métier, c'est à dire mes élèves...). Dois-je en mentionner le coût ? 60 euros de sophrologie une fois par semaine, pendant six mois, non remboursés forcément ! 
Je me suis arrêtée une semaine en tout et pour tout et j'ai continué à "fonctionner" (car je suis fonctionnaire n'est-ce pas...)

Je pensais être tirée d'affaire : j'avais réfléchi à mon métier, je me sentais plus forte car j'avais réussi à ne pas sombrer.
Et là, patatras, littéralement, quelques mois plus tard je suis tombée dans les escaliers, chez moi, sous les yeux de mes deux jeunes enfants, qui m'ont vue allongée sur le sol, du sang s'échappant d'une petite plaie à la tête : entorse des cervicales.
Dois-je préciser que je ne me suis pratiquement pas arrêtée ? Deux mois couchée (mai, juin) puis les mois d'été pour me remettre et j'ai vaillamment repris, comme un bon petit soldat, en septembre, munie de ma précieuse minerve, que je n'ai pu vraiment enlever qu'en janvier.  
Il y a peu encore (et c'était il y a trois ans) je n'en étais pas remise : j'avais des douleurs terribles dans le dos même si j'avais mis en place une nouvelle routine de compèt (piscine deux fois par semaine, kiné une fois par semaine, méditation tous les soirs et étirements matin et soir)
J'ai fini par aller voir un magnétiseur, conseillé par une amie proche : 3 séances à 70 euros, non remboursées non plus, mais j'ai commencé à ne plus avoir mal, du tout.

Du coup, il y a peu, on a commencé à faire des excursions avec les mômes, le weekend, histoire de s'aérer un peu (toujours cette gestion du stress si importante pour que je puisse continuer à "fonctionner")
Le croirez-vous si je vous dis que je suis tombée ? Une nouvelle fois ? Entorse de la cheville avec ligaments bousillés. Deux jours d'arrêt. Et cela fait maintenant deux semaines que je vais bosser tous les jours, avec mon attelle et ma douleur, bien présente, y compris la nuit.

Aussi je m'interroge : malgré toute la bonne volonté dont je fais preuve, toute cette énergie à tenir, envers et contre tout, mon corps est-il en train de me dire quelque chose ?
Et je crois que oui, c'est exactement cela : depuis mon burn out, il y a sept ans, je n'ai pas voulu voir, pas voulu comprendre, mais je dois l'admettre, je ne peux plus "fonctionner".


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