Conseil de discipline

A., mon élève Cap-verdien, est passé en conseil de discipline.
Il a menacé deux personnes de la vie scolaire avec une paire de ciseaux. 
J'ai appris la tenue de ce conseil par hasard, il n'est venu à l'esprit de personne dans mon établissement, de me prévenir et de me demander un quelconque témoignage, alors que je suis l'enseignante qui l'avait le plus en cours (12 heures par semaine). 
J'y suis allée donc, à ma demande et j'ai lu une lettre que je reproduis ci-après.
On m'a reproché d'avoir voulu témoigner, on m'a accusée de "vouloir le défendre alors qu'il n'était pas défendable".
Cette curieuse conception de la justice de la part d'adultes censés enseigner à nos élèves quelques rudiments d'instruction civique m'a laissée sans voix et je précise que je suis dans un établissement où les collègues sont plutôt ouverts...
J'ai lu ma lettre et je suis partie, la mort dans l'âme, je savais que c'était joué d'avance et c'était juste histoire de ne pas le laisser quitter le collège sans un mot de ma part. Mot qu'il n'a pas entendu, il ne s'est même pas présenté !

"A. a douze heures de français par semaine.
Il n'est jamais absent, jamais malade, je pense que c'est sa façon à lui de dire qu'il est bien avec nous, sur le dispositif.
Quand il est arrivé, il y a un peu plus d'un an, j'ai été confrontée à un bloc de souffrance, peur et haine mêlées. Il me regardait méchamment, je craignais qu'il s'en prenne aux élèves : il était comme un fauve en cage, n'adoptait pas les postures scolaires, les codes relationnels de base lui semblaient inconnus.
Quand on a un élève douze heures par semaine, en tant qu'enseignant, on n'a pas le choix, on a la nécessité de s'adapter.
C'est ce que j'ai fait, j'ai surmonté ma défiance et nous nous sommes apprivoisés mutuellement, progressivement. Ça a été un travail de longue haleine, avec des hauts et des bas, surtout au début, des moments de doute et de découragement mais j'étais portée par cette idée qu'avec un enfant, rien n'est jamais foutu.
Aujourd'hui il fait partie intégrante du dispositif, il travaille avec les autres, est évalué comme eux et ne pose aucun problème de discipline dans la classe. Il a noué des relations privilégiées avec certains de mes élèves, je lui ai même confié ponctuellement des missions de tutorat. Il les a accomplies avec beaucoup de sérieux et d'application.
Envoyer A. dans un autre collège, c'est stopper le travail pédagogique de toute une équipe, c'est briser sa progression, qui est bien réelle, comme je viens de le dire.
Nous avons les moyens à V. de le suivre, de le soutenir, de l'accompagner : nous le connaissons par cœur, ses failles comme ses réussites.
Le dispositif allos qui soutient les ex UPE2A est le lieu idéal pour travailler avec lui sur une orientation professionnelle.
Il ne trouvera rien de cela ailleurs et tout sera à recommencer, sur une année de troisième où tout se joue en matière d'orientation.
C'est prendre le risque d'en faire un élève décrocheur.
Connaissant sa famille et ses fréquentations, qui prendra ce risque ?
Cet enfant nous a été confié et c'est notre responsabilité d'adultes, d'enseignants et de citoyens de l'accompagner jusqu'au bout."

Ma lettre, la seule qui était plutôt en sa faveur, n'a pas été versée au dossier.
A. a été exclu définitivement.

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